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Nikon perd son brevet de monture Z face à Viltrox : ce que ça change vraiment
L'office chinois des brevets a invalidé un brevet de monture Z de Nikon à la demande de Viltrox. Portée réelle de la décision et conséquences pour l'acheteur.

L’essentiel
L’office chinois de la propriété intellectuelle (CNIPA) a déclaré entièrement invalide le brevet chinois 202010127062.4 de Nikon, par une décision rendue le 13 juillet 2026 à la demande de Viltrox. Motif retenu : absence d’activité inventive. Le brevet portait sur la géométrie mécanique de la baïonnette de la monture Z, pas sur les protocoles électroniques ni sur l’autofocus. La décision ne vaut qu’en Chine, et Nikon dispose de trois mois pour faire appel. Quelques jours plus tard, Sony publiait la liste de ses partenaires licenciés en monture E : aucun opticien chinois n’y figure.
Au programme3 sections
Qu’a exactement invalidé l’office chinois des brevets ?
Un seul brevet, sur un point précis, et uniquement sur le territoire chinois. La nuance compte, parce que les résumés qui circulent laissent parfois entendre que la monture Z serait tombée dans le domaine public.
Le brevet 202010127062.4, accordé en 2021, décrivait l’interface mécanique par laquelle un accessoire, en pratique un objectif, se fixe sur le boîtier : disposition de quatre ergots de baïonnette, angles entre eux, dimensions relatives, et placement des contacts électriques dans un secteur limité du cylindre. La CNIPA a jugé que ces caractéristiques n’allaient pas au-delà des connaissances ordinaires du métier, notamment au regard d’un brevet chinois de 2014. Choisir quatre ergots plutôt que trois relève, selon le collège, du choix de conception évident.
La chronologie éclaire le reste. Viltrox, via la société Shenzhen Jueying Technology, avait déposé sa demande d’invalidation en décembre 2025, après que Nikon eut engagé des poursuites en contrefaçon contre lui plus tôt dans l’année. L’invalidation est donc une contre-attaque, pas une initiative isolée. Elle intervient au moment où la marque déroule une feuille de route de dix objectifs couvrant justement plusieurs montures de constructeurs concurrents. Le document de décision, numéroté 661357, a été émis le 17 juillet, ce qui explique les deux dates que l’on rencontre selon les sources.
Ce que la décision ne fait pas mérite d’être dit aussi clairement. Elle ne touche ni les protocoles de communication électronique, ni les brevets Nikon relatifs à l’autofocus, ni les autres brevets de la monture Z. Elle ne s’applique pas en Europe ni aux États-Unis. Et elle n’est pas définitive : Nikon a trois mois à compter de la réception pour saisir la Cour de propriété intellectuelle de Pékin, comme le détaillent CineD et Nikon Rumors.
Pourquoi aucun opticien chinois n’a de licence Sony
Le 3 août, une autre pièce est tombée, et elle raconte la même histoire vue de l’autre côté.
Sony a publié la liste officielle de ses partenaires licenciés pour la monture E, datée de juillet 2026. Neuf noms y figurent : Carl Zeiss, Cooke Optics, Cosina, Fujifilm, Kenko Tokina, Samyang, Sigma, Tamron et Thales LAS France. Aucun fabricant chinois. Ni Viltrox, ni 7Artisans, ni TTArtisan, ni Meike, alors que tous vendent des objectifs en monture E depuis des années, comme le relève Photo Rumors.
Comment est-ce possible ? Parce que Sony publie les spécifications de base de sa monture, ce qui permet à quiconque de concevoir un objectif compatible sans signer d’accord. Le constructeur assortit d’ailleurs cette liste d’un avertissement explicite : la publication des spécifications « ne garantit pas la compatibilité ni la qualité de toutes les fonctions ». Traduction : les licenciés ont accès à davantage d’informations techniques, les autres travaillent par observation.
Ces deux affaires disent la même chose. Les opticiens chinois se sont installés sur les montures des grands constructeurs sans y être invités, et ils ont désormais les moyens juridiques de s’y maintenir. C’est un basculement par rapport à l’époque où ils se contentaient de fixes manuels bon marché, un mouvement que nous détaillions dans notre dossier sur les objectifs chinois.
Ce que ça change quand vous achetez un Viltrox
Pour vous, rien d’immédiat, et c’est la réponse honnête.
Un objectif tiers déjà acheté ne devient ni illégal ni inutilisable : le litige oppose deux entreprises, l’acheteur n’est jamais partie prenante. La garantie court normalement, le service après-vente aussi.
Le vrai sujet est ailleurs, et il est ancien : la mise à jour de firmware. Un opticien sans licence conçoit son autofocus par rétro-ingénierie. Quand un constructeur publie un firmware boîtier, il arrive qu’un objectif tiers cesse temporairement de fonctionner correctement, le temps que le fabricant réagisse. Viltrox et Sigma corrigent généralement vite, mais le décalage existe. C’est une contrainte à connaître avant d’acheter, pas une raison de renoncer.
À moyen terme, cette décision rend un procès en contrefaçon plus difficile à gagner pour Nikon en Chine, ce qui sécurise la production des optiques Z de Viltrox. Le catalogue tiers en monture Z a donc de bonnes chances de continuer à s’étoffer, après les premiers objectifs Micro 4/3 de la marque. Si vous hésitez encore sur la focale à viser, notre guide des différents types d’objectifs pose les repères avant de comparer les marques.
Notre lecture : la concurrence des opticiens chinois est ce qui contient les prix depuis cinq ans, sur un marché où le matériel photo augmente partout ailleurs. Un 35 mm autofocus à 150 € n’existait pas avant eux. Que la justice chinoise leur donne raison sur un point de droit n’est une bonne nouvelle pour l’acheteur que tant que la qualité suit, et c’est là que se joue la vraie bataille. Nos roundups d’objectifs tiers suivent cette production mois après mois.
Reste à voir si Nikon fait appel. Nous mettrons cet article à jour le cas échéant.
FAQ
La monture Z de Nikon est-elle tombée dans le domaine public ?
Non. Un seul brevet a été invalidé, uniquement en Chine, et il portait sur la géométrie mécanique de la baïonnette. Les protocoles électroniques, l’autofocus et les autres brevets Nikon de la monture Z ne sont pas concernés par cette décision.
Mes objectifs Viltrox risquent-ils de devenir inutilisables ?
Non. Un litige de brevet oppose des entreprises, jamais l’acheteur final. Votre objectif continue de fonctionner, avec sa garantie et son service après-vente. Le seul risque réel reste celui, connu, d’une incompatibilité temporaire après une mise à jour de firmware du boîtier.
Viltrox a-t-il le droit de vendre des objectifs en monture Z ?
La décision chinoise affaiblit la position de Nikon sur ce brevet précis en Chine, ce qui rend une action en contrefaçon plus difficile à y gagner. Hors de Chine, la situation juridique n’a pas changé et d’autres brevets Nikon restent en vigueur.
Pourquoi les fabricants chinois ne sont-ils pas licenciés chez Sony ?
Parce que Sony publie les spécifications de base de sa monture E, ce qui permet de concevoir un objectif compatible sans accord préalable. Les neuf licenciés officiels accèdent à plus d’informations techniques ; les autres procèdent par rétro-ingénierie.
Nikon peut-il encore faire appel ?
Oui. Nikon dispose de trois mois à compter de la réception de la décision pour saisir la Cour de propriété intellectuelle de Pékin. Au moment où nous écrivons, aucun recours n’a été rendu public.


