Les techniques avancées
Comment photographier les levers et les couchers de soleil
La photographie de paysage est une affaire de lumière, et si vous demandez à la plupart des photographes de paysage quels sont leurs moments préférés de la journée, vous constaterez que la plupart diront le lever et le coucher du soleil. Il est facile de comprendre pourquoi — qui peut résister au spectacle qui accompagne souvent ces moments de la journée ? À ces heures, même les sujets les plus banals sont magnifiques.

L’essentiel
L’essentiel à retenir — la recette d’un bon coucher (ou lever) de soleil :
1. Repérage la veille avec PhotoPills ou The Photographer’s Ephemeris pour caler l’azimut du soleil sur un premier plan intéressant.
2. Arrivée 40 à 45 minutes avant l’horaire officiel, départ 30 minutes après — les plus belles couleurs arrivent souvent hors de la fenêtre « soleil visible ».
3. Mode manuel + RAW + trépied, ISO 100-200, ouverture f/8 à f/11 pour la netteté globale, f/16 uniquement pour un effet starburst.
4. Balance des blancs sur « Nuageux » ou « Ombre » (5500-7500 K) pour préserver les rouges et oranges que la balance auto a tendance à corriger.
5. Filtre GND (dégradé neutre) de 2 à 3 stops pour rattraper l’écart terre/ciel, ou bracketing 3-5 vues fusionnées en post.
6. Surveillez l’histogramme : récupérer les ombres est toujours moins destructif que récupérer des blancs cramés.
Au programme8 sections
- Lever ou coucher : deux ambiances cousines, pas jumelles
- Se préparer : 80 % du travail se fait avant d’appuyer
- Équipement recommandé
- Réglages : mode manuel, RAW, et maîtrise de chaque paramètre
- Composer : la couleur ne remplace pas une bonne structure
- Gérer le contraste : filtres GND vs bracketing HDR
- L’effet starburst : faire briller le soleil en étoile
- Conseils bonus pour aller plus loin
Lever et coucher donnent une lumière chaude similaire mais leurs atmosphères diffèrent : le matin est pur et saturé, le soir plus laiteux car l’atmosphère s’est chargée de poussières au fil de la journée. Combien de fois avez-vous tenté de capturer un ciel magnifique pour découvrir sur écran une image fade, délavée, loin du spectacle que vous aviez devant les yeux ? Voici un guide complet pour passer de la photo souvenir à l’image travaillée.
Lever ou coucher : deux ambiances cousines, pas jumelles
La plupart des photographes parlent d’un bloc de « lumière dorée » pour désigner l’heure qui suit le lever et celle qui précède le coucher. Dans les faits, les deux moments donnent des rendus légèrement différents, et choisir l’un plutôt que l’autre oriente déjà votre résultat final.
Lever de soleil : saturation, pureté, solitude
L’air est statistiquement plus propre au lever. Pendant la nuit, l’atmosphère a décanté : moins de poussières, moins de particules en suspension, moins de pollution urbaine. La conséquence visuelle est directe — les rouges et les oranges sont plus denses, plus localisés autour du disque solaire, avec un dégradé plus tranché vers le bleu du ciel opposé.
Autre avantage, plus prosaïque : les spots sont vides. La pointe du Raz un matin de juin à 6h30, c’est trois photographes et deux joggeurs. Le même cadrage au coucher en août, c’est trente personnes dans le champ.
Coucher de soleil : couleurs diffuses, ciels « dramatiques »
Au coucher, l’atmosphère contient davantage de particules — activité humaine de la journée, échauffement qui a brassé la basse atmosphère. La lumière est diffusée sur une portion plus large du ciel, avec des teintes qui débordent largement du disque solaire. Les nuages prennent feu à 30-40° au-dessus de l’horizon, parfois plus.
Cette diffusion rend les compositions « ciel entier » plus pertinentes : au lieu de concentrer le cadrage autour du soleil, on peut remplir tout le champ d’une masse nuageuse colorée.
Se préparer : 80 % du travail se fait avant d’appuyer
La créativité n’émerge pas sous pression. Plus vous arrivez préparé, plus vous pouvez vous concentrer sur la scène qui se joue devant vous, au lieu de courir après un réglage de dernière minute.
Les outils de planification indispensables
- PhotoPills (payante, ~10 €) — l’outil de référence. Vue en réalité augmentée de la trajectoire du soleil, calcul de la position précise pour une date et un lieu donnés, alertes.
- The Photographer’s Ephemeris (TPE) — version desktop gratuite, app payante. Parfaite pour planifier depuis une carte.
- Windy — prévisions des nuages bas, moyens, hauts. Un ciel entièrement dégagé est souvent moins intéressant qu’un ciel avec 30-50 % de cumulus en altitude.
- Meteoblue — pour anticiper les fenêtres de brume matinale.
La brume, alliée méconnue du lever

Un brouillard épais ruine le lever. Une brume basse, collée au sol, le transcende : elle masque le désordre d’un paysage (champs cultivés, routes, hameaux), simplifie la composition et ajoute un dégradé tonal entre le premier plan et les reliefs qui émergent.
La brume matinale apparaît par temps clair et calme, après une nuit où la température a nettement baissé et où l’humidité de l’air est élevée. La fin de l’été, l’automne et le début du printemps sont les saisons les plus propices. Vérifiez la veille : si la météo annonce un ciel dégagé, pas de vent et une chute de 8-10 °C en soirée, vous avez toutes les chances d’avoir une mer de brume à l’aube.
Arriver tôt, rester tard
Les couleurs commencent souvent 20 à 25 minutes avant le lever du soleil et continuent jusqu’à 20 à 30 minutes après le coucher. Cette période (l’heure bleue) offre des ciels magenta, violet et indigo qui ne ressemblent en rien à ce qu’on observe une fois le soleil levé.
Visez une arrivée 40 à 45 minutes avant l’heure officielle. Cela vous laisse 15 minutes pour installer le trépied, repérer vos compositions, peaufiner le niveau, et 20 minutes pour assister au pré-lever. Ne rangez pas votre matériel dès que le soleil disparaît sous l’horizon : les 10 minutes qui suivent donnent souvent les ciels les plus spectaculaires.
Équipement recommandé

- Boîtier avec batterie chargée + batterie de rechange (le froid matinal divise l’autonomie par deux) et carte mémoire vide.
- Grand-angle (14-35 mm en plein format, 10-24 mm en APS-C) pour les paysages larges avec ciel dominant.
- Téléobjectif (70-200 mm ou 100-400 mm) pour isoler le disque solaire, compresser les plans et travailler les silhouettes éloignées.
- Trépied stable — indispensable pour les expositions au-delà de 1/30 s et pour le bracketing HDR.
- Déclencheur à câble ou télécommande (ou simplement le retardateur 2 s) pour éviter tout micro-tremblement.
- Filtre GND (dégradé neutre) de 2 ou 3 stops, idéalement en système carré (Lee, Nisi, Haida) pour pouvoir orienter la ligne de dégradé.
- Chiffon microfibre — l’humidité matinale condense sur la lentille frontale.
- Frontale à lumière rouge — indispensable si vous arrivez dans le noir, pour ne pas ruiner votre vision nocturne ni celle des autres.
Réglages : mode manuel, RAW, et maîtrise de chaque paramètre
Travaillez toujours en mode manuel et au format RAW. C’est la seule manière de garder la main sur l’exposition quand la lumière change toutes les 30 secondes, et de récupérer toute la latitude dynamique en post-production.
L’ouverture : f/8 à f/11 pour la netteté, f/16-f/22 pour le starburst
Une petite ouverture (chiffre élevé) offre une grande profondeur de champ, avec premier plan et arrière-plan nets. C’est le réglage par défaut pour un paysage de lever ou coucher.
- f/8 à f/11 : zone de meilleure netteté optique (sweet spot) de la plupart des objectifs. À privilégier.
- f/16 à f/22 : à utiliser uniquement si vous cherchez un effet starburst — quand le soleil est partiellement caché par un arbre, un rocher ou un nuage. Attention, à ces ouvertures la diffraction dégrade la netteté globale.
Pour garder tout net du premier plan à l’infini, utilisez la distance hyperfocale plutôt qu’une mise au point à l’infini.
L’ISO : bas et stable
Avec trépied, restez à ISO 100 ou 200. La qualité est maximale et vous pouvez allonger la vitesse d’obturation librement. Sans trépied (à éviter sauf cas de force majeure), montez à 400 ou 800 pour avoir une vitesse suffisante, en acceptant un peu de bruit. Pour plus de détails, consultez le guide sur la sensibilité ISO en photo.
La vitesse d’obturation : le paramètre qui raconte l’histoire
En mode manuel, l’ouverture et l’ISO étant fixés, c’est la vitesse d’obturation qui équilibre l’exposition. Elle peut osciller entre 1/40 s et 30 s sur une même séance, au fur et à mesure que la lumière baisse.
- Vitesse rapide (1/250 s et plus) : capture nette d’éléments en mouvement (oiseaux, vagues, branches dans le vent).
- Vitesse moyenne (1/15 s à 1 s) : rendu naturel du paysage, peut commencer à filer légèrement les nuages et l’eau.
- Vitesse lente (1 s à 30 s) : nuages étirés en traînées, surface d’eau lisse comme un miroir, ambiance onirique. Nécessite un filtre ND en journée ou un horaire d’heure bleue prononcée.
Surveillez l’histogramme après chaque cliché. À ces heures contrastées, sous-exposer légèrement est prudent : on récupère toujours plus d’informations dans les ombres d’un RAW que dans des hautes lumières cramées.
La balance des blancs : manuelle ou en Kelvin
La balance automatique a tendance à « corriger » la dominante chaude d’un lever ou d’un coucher, en ramenant le rouge vers le neutre. C’est exactement l’inverse de ce que vous voulez. Réglages conseillés :
- Nuageux (~6000 K) — conserve les tons chauds.
- Ombre (~7500 K) — amplifie les rouges et oranges pour un rendu encore plus dramatique.
- Kelvin manuel à 5500-6500 K — le plus précis.
Composer : la couleur ne remplace pas une bonne structure

C’est la piège classique. Le ciel est magnifique, on déclenche, on rentre, on découvre l’image sur écran et on est déçu. Pourquoi ? Parce que la couleur seule ne fait pas une photo. Les règles de composition habituelles s’appliquent avec la même force qu’à midi.
Choisir un premier plan
Un ciel spectaculaire sans premier plan, c’est une carte postale. Cherchez systématiquement un élément qui ancre le regard avant qu’il ne glisse vers l’horizon : rochers, fleurs, souche, ponton, silhouette humaine, bâtiment isolé. Sur la côte, une flaque d’eau dans le sable peut réfléchir le ciel coloré et doubler l’impact chromatique.
Placer l’horizon avec intention
- Ciel dramatique (nuages colorés, dégradés forts) : horizon bas, 2/3 pour le ciel.
- Ciel clair ou uni : horizon haut, 2/3 pour le premier plan.
- Ne centrez l’horizon que si vous travaillez une symétrie (reflet parfait dans un lac).
Silhouettes et lignes directrices
Les objets à forme reconnaissable (arbre isolé, église, éolienne, personnage) donnent d’excellentes silhouettes devant un ciel coloré. Pour les obtenir, exposez sur le ciel : le sujet sera naturellement sous-exposé et se détachera en noir. Pour aller plus loin, consultez le guide sur la photographie de silhouettes.
Les lignes directrices (chemin, rivière, rangée de rochers) qui convergent vers le soleil amplifient la profondeur et dirigent le regard exactement où vous voulez.
Gérer le contraste : filtres GND vs bracketing HDR
C’est le défi technique numéro un. L’écart de luminosité entre un ciel illuminé et une terre encore dans la pénombre dépasse souvent 6 à 8 stops — plus que ce que votre capteur peut encaisser en une seule prise de vue. Deux solutions.
Le filtre à densité neutre dégradé (GND)
Un filtre GND est sombre sur la moitié haute et transparent sur la moitié basse. On l’aligne sur l’horizon pour atténuer le ciel sans toucher au premier plan. Trois types selon la transition :
- Hard-edge (transition franche) : pour horizons plats (mer, plaine).
- Soft-edge (transition progressive) : pour horizons irréguliers (montagnes, collines).
- Reverse GND (densité maximale à la ligne d’horizon, puis s’atténue vers le haut) : spécifiquement conçu pour les levers et couchers, quand le soleil lui-même est la zone la plus lumineuse de la scène.
Intensités courantes : GND 0.6 (2 stops) pour les conditions moyennes, GND 0.9 (3 stops) pour les fortes amplitudes. Consultez le guide complet sur les meilleurs filtres pour la photo de paysages.
Le bracketing HDR

Alternative sans filtre : on prend 3 à 5 expositions différentes (-2, 0, +2 EV par exemple) et on fusionne dans Lightroom, Luminar Neo ou Photoshop. Parfait quand l’horizon est trop irrégulier pour qu’un GND ne coupe pas une silhouette (arbres isolés, sommets déchiquetés).
- Trépied obligatoire, absolument immobile entre les vues.
- Mode bracketing de l’appareil activé (la plupart des boîtiers proposent 3 ou 5 vues automatiques).
- Fusion HDR dans le logiciel, en activant la correction fantôme si des éléments ont bougé (nuages, herbes).

Certains photographes préfèrent systématiquement le bracketing pour garder un contrôle total en post, d’autres restent fidèles aux filtres pour tout maîtriser à la prise de vue. Les deux approches sont légitimes.
L’effet starburst : faire briller le soleil en étoile

Quand le soleil est bas et partiellement caché — derrière un rocher, un arbre, un bord d’architecture — il peut se transformer en étoile à multiples branches. Cet effet vient de la diffraction de la lumière sur les lames du diaphragme, amplifiée aux petites ouvertures.
- Ouverture f/16 à f/22.
- Soleil partiellement occulté — jamais complètement dégagé.
- Le nombre de branches dépend du nombre de lames du diaphragme : nombre pair de lames → même nombre de branches ; nombre impair → deux fois plus de branches.
Pour aller plus loin, consultez le guide complet sur l’effet starburst et la lutte contre le lens flare.
Conseils bonus pour aller plus loin
- Ne quittez pas après la première belle image. Changez de focale, tournez autour de votre sujet, cherchez une deuxième composition. Les photographes qui restent 20 minutes supplémentaires repartent souvent avec leur meilleur cliché.
- Pensez à regarder derrière vous. Au coucher, la lumière qui frappe les objets à l’opposé du soleil (l’est) prend une teinte rose orangée intense — le « belt of Venus », un dégradé de bleu nuit/rose saumon qui fait d’excellents contre-jours inversés.
- Déclencheur à câble ou retardateur 2 s sur toutes les poses longues pour éviter le micro-bougé au moment du déclenchement.
- Miroir relevé (reflex) ou obturateur électronique (hybride) pour supprimer les vibrations mécaniques en pose lente.
- Enregistrez vos spots sur une carte partagée avec l’azimut à privilégier selon la saison — la lumière change à la semaine près, un spot idéal en mai peut être médiocre en décembre.
FAQ
Vaut-il mieux photographier un lever ou un coucher de soleil ?
Les deux ont leur charme. Le lever offre des couleurs plus pures et saturées, une atmosphère plus calme, et moins de monde sur les spots. Le coucher offre des ciels plus étendus, une préparation moins contraignante (on voit la lumière baisser) et des conditions météo souvent plus stables. Pour un débutant, commencer par les couchers est plus simple ; pour des images uniques, le lever reste imbattable.
Quelle est la meilleure focale pour un coucher de soleil ?
Il n’y en a pas une seule. Un grand-angle (14-24 mm) permet d’intégrer beaucoup de ciel et un premier plan spectaculaire. Un téléobjectif (200-400 mm) compresse les plans et permet de rendre le soleil énorme à l’horizon, derrière une silhouette. L’idéal est d’emporter les deux et de varier les cadrages sur une même session.
Pourquoi mes couchers de soleil ressortent délavés ?
Trois causes principales. La balance des blancs automatique a corrigé les teintes chaudes : repassez en « Nuageux » ou « Ombre ». Vous avez surexposé et cramé les hautes lumières : vérifiez l’histogramme et sous-exposez légèrement. Vous avez shooté en JPEG : le RAW permet de récupérer saturation et contraste en post sans dégrader l’image.
Faut-il absolument un trépied ?
Quasi indispensable dès que la lumière baisse. Pendant l’heure dorée franche, on peut encore shooter à main levée à 1/125 s et ISO 400. Mais dès que le soleil frôle l’horizon et pendant toute l’heure bleue, les vitesses tombent sous 1/30 s, voire à plusieurs secondes. Sans trépied, le flou de bougé ruine irrémédiablement l’image.
Quel filtre choisir, GND ou ND ?
Deux usages différents. Le GND (dégradé) équilibre l’écart terre/ciel, c’est l’outil spécifique des levers/couchers. Le ND plein (non dégradé) allonge le temps de pose pour filer les nuages ou lisser l’eau, utile après le coucher quand la lumière est faible. Idéalement, les deux cohabitent dans le sac : un GND 0.9 soft + un ND 6 stops couvrent l’essentiel des cas.
Comment éviter les reflets parasites (flares) face au soleil ?
Nettoyez la lentille frontale (une trace de doigt crée immédiatement un voile). Utilisez le pare-soleil même si le soleil est dans le cadre. Enlevez les filtres inutiles (chaque surface verre ajoute un risque de reflet). Si un flare persiste, la technique de la double prise de vue (une normale + une avec la main devant le soleil pour boucher les flares, puis fusion dans Photoshop) est imparable.


