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Presets argentique dans Lightroom : ce qu'ils reproduisent vraiment
Portra, Superia, Kodachrome : ce que les presets argentique reproduisent vraiment de la pellicule, ce qui leur échappe, et comment les utiliser sans caricature.

L’essentiel
Un preset argentique n’imite pas une pellicule, il en imite une interprétation. Il reproduit correctement trois choses : la réponse colorimétrique par canal, la compression des hautes lumières et le grain. Il ne reproduit ni la texture physique de l’émulsion, ni le comportement du film en cas de sur-exposition, ni la halation autour des sources lumineuses. Lightroom Classic embarque depuis la version 15.3 douze préréglages « Film-Inspired » dans le panneau des préréglages. Le point décisif n’est pas le preset choisi mais la balance des blancs appliquée avant lui.
Au programme4 sections
Que reproduit réellement un preset argentique ?
Trois caractéristiques sur cinq, pour dire les choses simplement.
La réponse colorimétrique est la partie la mieux imitée. Chaque pellicule réagit différemment selon la longueur d’onde : le Kodak Portra rend des tons chair chauds et désaturés, le Fuji Superia tire vers les verts, le Kodachrome pousse les rouges et le contraste. Ces courbes se transposent fidèlement en réglages TSL et en courbes par canal, quel que soit le développeur utilisé. C’est d’ailleurs l’un des terrains où ils se distinguent, comme le montre notre comparatif des quatre grands logiciels RAW.
La compression des hautes lumières se reproduit bien aussi. Le négatif couleur ne coupe pas brutalement dans les blancs, il les tasse progressivement. Une courbe de tonalité en S adoucie reproduit cet effet de façon convaincante.
Le grain est simulé de manière acceptable, à condition de le régler. Le grain de Lightroom est un bruit ajouté, homogène sur toute l’image ; le grain argentique varie avec la densité, plus visible dans les tons moyens que dans les hautes lumières.
Restent deux choses qu’aucun preset ne reproduit. La halation, ce halo rougeâtre autour des sources lumineuses vives, propre au film sans couche antihalo, ne s’obtient que par un traitement dédié. Et la latitude d’exposition du négatif, qui encaisse deux ou trois diaphragmes de sur-exposition en gardant du détail, dépend du fichier de départ, pas du preset.
Les presets intégrés à Lightroom
Adobe a ajouté douze préréglages « Film-Inspired » avec Lightroom Classic 15.3, en avril 2026. Ils se trouvent dans le panneau Préréglages du module Développement, comme nous le signalions dans notre tour des nouveautés de la 15.3.
Ces préréglages maison ont un avantage : ils sont conçus pour le moteur de rendu d’Adobe et ne cassent pas quand une version change. Ils ont aussi une limite : ils restent volontairement modérés, là où les collections commerciales assument un parti pris plus marqué.
Du côté payant, les familles les mieux établies s’organisent par pellicule nommée. Mastin Labs construit ses jeux autour de références précises comme le Portra 160, le Portra 400, le Fuji 400H et l’Ektar. VSCO a remis son pack film à son catalogue début 2026. D’autres éditeurs se spécialisent, sur le Kodachrome pour l’un, sur les stocks cinéma Kodak Vision 3 pour un autre.
Des collections gratuites sérieuses existent aussi, recensées notamment par PresetPro. Le choix entre gratuit et payant se joue moins sur la qualité que sur la cohérence : une collection commerciale sérieuse est calibrée pour rester constante d’une lumière à l’autre, ce qui compte quand on traite un reportage entier.
Pourquoi vos presets ne donnent pas le même résultat que sur l’exemple
C’est la déception classique, et la cause est presque toujours la même.
Un preset applique des décalages relatifs à votre fichier. Il déplace les curseurs, il ne fixe pas un rendu absolu. Si votre image de départ est plus froide, plus sombre ou plus contrastée que celle de la démonstration, le résultat sera différent, parfois très.
La balance des blancs est le facteur numéro un. Un preset Portra calibré sur une lumière de fin d’après-midi vire au jaune sale sur une photo prise en intérieur au tungstène. Réglez la balance des blancs correctement avant d’appliquer le preset, jamais après.
Vient ensuite l’exposition. La plupart des jeux argentique supposent une image exposée à droite, légèrement claire, comme on exposerait un négatif. Sur un fichier sous-exposé d’un diaphragme, les ombres montées par le preset feront remonter du bruit.
Le troisième facteur est le profil de départ. Adobe Couleur, Adobe Standard ou un profil constructeur ne donnent pas la même base. Certaines collections imposent leur propre profil : s’il n’est pas installé, le rendu s’écarte.
La méthode qui marche tient en trois temps : corriger la balance des blancs et l’exposition, appliquer le preset, puis ajuster son intensité. Sur les collections récentes, un curseur d’intensité permet de doser à 60 ou 70 % plutôt que d’assumer l’effet complet, ce qui donne presque toujours un résultat plus crédible.
Faut-il des presets pour obtenir un rendu film ?
Non, et c’est utile à savoir avant d’acheter une collection à 100 €.
Un rendu argentique convaincant tient à quatre réglages que vous pouvez poser vous-même. Une courbe en S adoucie avec les noirs légèrement relevés donne le voile caractéristique du négatif. Un virage partiel froid dans les ombres et chaud dans les hautes lumières installe la dominante. Une désaturation sélective des rouges et des oranges rapproche les tons chair du Portra. Enfin, un grain modéré, taille 25 et rugosité basse, suffit dans la plupart des cas.
Construire soi-même ce rendu présente un avantage réel : vous comprenez ce que fait chaque curseur, donc vous savez le corriger quand une image sort du cadre. Notre guide du triangle d’exposition et notre article sur comprendre la lumière posent les bases qui rendent ces réglages lisibles.
Si le rendu film vous intéresse au point de vouloir la vraie chose, le détour par la pellicule reste possible : notre guide pour scanner des négatifs argentiques traite la chaîne complète, et le résultat n’a rien à voir avec une simulation.
FAQ
Un preset argentique donne-t-il le même rendu qu’une vraie pellicule ?
Non. Il reproduit la réponse colorimétrique, la compression des hautes lumières et une approximation du grain. Il ne reproduit ni la halation autour des lumières vives, ni la texture physique de l’émulsion, ni la latitude d’exposition du négatif face à une sur-exposition.
Où trouver les presets argentique intégrés à Lightroom ?
Dans le panneau Préréglages du module Développement. Adobe a ajouté douze préréglages « Film-Inspired » avec Lightroom Classic 15.3, en avril 2026. Ils sont plus mesurés que les collections commerciales, et calibrés pour le moteur de rendu d’Adobe.
Pourquoi mon preset ne rend pas comme sur l’exemple du vendeur ?
Parce qu’un preset applique des décalages relatifs à votre fichier, pas un rendu absolu. La cause la plus fréquente est une balance des blancs différente de celle de l’image de démonstration. Corrigez-la avant d’appliquer le preset, jamais après.
Faut-il payer pour de bons presets argentique ?
Pas nécessairement. Les préréglages intégrés à Lightroom couvrent l’essentiel, et quatre réglages manuels suffisent à construire un rendu crédible. Une collection payante se justifie surtout par sa cohérence d’une lumière à l’autre, utile sur un reportage entier.
Comment obtenir un rendu film sans preset ?
Avec quatre réglages : une courbe en S adoucie et des noirs relevés pour le voile du négatif, un virage partiel froid dans les ombres et chaud dans les hautes lumières, une désaturation des rouges et des oranges, puis un grain modéré de taille moyenne.


