Les techniques avancées
Comment photographier une éclipse de Lune, et réussir celle du 28 août
La Lune s'éclipse à 93 % le 28 août au petit matin, très bas sur l'horizon. Horaires ville par ville, matériel, réglages : le guide pour la réussir.

L’essentiel
Le vendredi 28 août 2026 au petit matin, la Lune traverse l’ombre de la Terre : une éclipse partielle qui masquera jusqu’à 93 % de son diamètre. La phase d’ombre commence à 4 h 34 et culmine à 6 h 13 (heure de Paris), mais la fin de l’éclipse ne sera visible de nulle part en France : la Lune se couche avant. Toute la difficulté tient là : une Lune très basse sur l’horizon ouest, dans un ciel qui blanchit déjà. C’est aussi ce qui rend l’image intéressante, puisqu’elle autorise un premier plan terrestre. Voici les horaires ville par ville, le matériel, les réglages et les deux compositions qui fonctionnent.
Au programme6 sections
Ce qui se passe le 28 août, et ce que vous verrez vraiment
Une éclipse de Lune se produit quand la Terre s’intercale entre le Soleil et la Lune, et projette son ombre sur elle. Celle du 28 août est partielle : la Lune ne s’enfonce pas entièrement dans le cône d’ombre. Le catalogue de la NASA lui attribue une magnitude ombrale de 0,930, autrement dit 93 % du diamètre lunaire assombri au maximum, pour une phase partielle de 3 h 18 (NASA, éclipses lunaires 2021-2030).
Voici le déroulé en heure française :
| Phase | Heure de Paris | Ce que vous voyez |
|---|---|---|
| Entrée dans la pénombre | 3 h 24 | Presque rien : un très léger grisé |
| Début de la phase d’ombre | 4 h 34 | La morsure devient visible |
| Maximum de l’éclipse | 6 h 13 | 93 % du disque assombri |
| Fin de la phase d’ombre | 7 h 52 | Lune déjà couchée en France |
La dernière ligne est la clé. La fin de l’éclipse n’est observable nulle part en France métropolitaine. La Lune passe sous l’horizon pendant le phénomène, ce qui explique que la NASA classe l’Europe parmi les régions où l’éclipse « se couche » en cours de route.
En pratique, votre fenêtre utile va donc de 4 h 34 à environ 6 h 30, avec un compromis désagréable : plus vous attendez, plus l’éclipse est spectaculaire, mais plus la Lune descend et plus le ciel s’éclaircit.
Vos horaires selon votre ville
Le coucher de la Lune et le début de l’aube changent nettement d’un bout à l’autre du pays. Ces valeurs proviennent de l’observatoire naval américain, dont les éphémérides sont consultables librement :
| Ville | Début de l’aube | Coucher de la Lune | Lever du Soleil |
|---|---|---|---|
| Brest | 6 h 57 | 7 h 39 | 7 h 30 |
| Bordeaux | 6 h 49 | 7 h 28 | 7 h 20 |
| Paris | 6 h 28 | 7 h 10 | 7 h 02 |
| Marseille | 6 h 28 | 7 h 05 | 6 h 58 |
| Lyon | 6 h 25 | 7 h 04 | 6 h 57 |
| Lille | 6 h 21 | 7 h 04 | 6 h 56 |
| Nice | 6 h 20 | 6 h 57 | 6 h 50 |
| Strasbourg | 6 h 07 | 6 h 48 | 6 h 40 |
Bonne nouvelle : le maximum de 6 h 13 tombe avant le coucher de la Lune partout, y compris à Strasbourg. Vous ne le manquerez donc pas, où que vous soyez.
Moins bonne nouvelle : l’ouest est nettement avantagé. À Brest, le maximum se produit encore dans un ciel sombre, l’aube ne commençant qu’à 6 h 57. À Strasbourg, elle a démarré à 6 h 07, soit six minutes avant le maximum : la Lune éclipsée y luttera contre un ciel déjà bleu, à trente-cinq minutes seulement de son coucher.
Un conseil qui vaut tous les réglages : repérez votre lieu la veille. Une Lune aussi basse disparaît derrière le moindre immeuble, la moindre colline, la moindre rangée d’arbres. Il vous faut un horizon ouest parfaitement dégagé.
Le matériel : la focale décide de tout
Deux approches donnent deux photos très différentes, et le choix se fait à la focale.
Pour un gros plan de la Lune, il faut de la longueur. Le disque lunaire ne mesure qu’un demi-degré dans le ciel : en dessous de 300 mm, il reste un petit point dans le cadre. À partir de 400 ou 600 mm, il occupe enfin une place suffisante pour montrer la limite de l’ombre. Si vous possédez un boîtier APS-C, le facteur de recadrage joue en votre faveur. Notre sélection de téléobjectifs animaliers couvre exactement ces focales, qui servent aussi bien pour la faune que pour la Lune.
Pour une composition paysage, c’est l’inverse : un 24-70 mm suffit, et la Lune devient un élément parmi d’autres. Cette approche est de loin la plus indiquée ici, précisément parce que la Lune sera basse. Un premier plan (clocher, arbre isolé, ligne de crête, silhouette urbaine) donne une échelle et raconte quelque chose, là où un gros plan de Lune ressemble à tous les autres gros plans de Lune.
Le trépied est indispensable dans les deux cas. En longue focale, le moindre tremblement ruine la netteté ; en paysage nocturne, les temps de pose s’allongent. Un modèle stable, si possible lesté par le crochet central, change tout, et nous détaillons les critères dans notre guide des trépieds photo. Ajoutez une télécommande, ou à défaut le retardateur à deux secondes.
Les réglages : l’exposition change vite
Une pleine lune est un objet éclairé en plein soleil. On l’expose donc comme un paysage diurne : un bon point de départ tient dans la règle dite « f/11 lunaire », soit f/11 et une vitesse égale à l’inverse de la sensibilité, soit 1/100 s à 100 ISO. Réglez en mode manuel, jamais en automatique : la grande zone noire du ciel trompe systématiquement la mesure et surexpose la Lune, qui devient un disque blanc sans relief.
Mais dès que l’ombre mord sur le disque, cet équilibre se casse. La partie éclipsée est bien plus sombre que la partie éclairée, et aucune exposition unique ne rend justice aux deux. Trois réflexes s’imposent :
- Photographiez en RAW et exposez pour le croissant resté brillant. Le fichier RAW vous laissera relever la partie sombre au développement.
- Prenez des rafales encadrées en faisant varier la vitesse de plusieurs crans. À mesure que l’éclipse progresse, il faudra ouvrir ou ralentir, parfois de beaucoup.
- Refaites vos mesures toutes les dix minutes. Entre 4 h 34 et 6 h 30, l’éclipse s’approfondit pendant que le ciel s’éclaircit : les deux évoluent en sens contraire.
Attention à la vitesse en longue focale. La Lune se déplace dans le ciel, et une pose trop longue la transforme en trait flou. À 600 mm, restez sous la seconde ; c’est le même raisonnement que la règle des 500 expliquée dans notre guide pour photographier les étoiles. Si la lumière manque, montez plutôt en sensibilité que d’allonger la pose.
Enfin, faites la mise au point manuellement. Passez en visée écran, zoomez au maximum sur le bord du disque et ajustez jusqu’à ce que les cratères deviennent nets. L’autofocus hésite sur un objet lumineux entouré de noir, et le réglage sur l’infini gravé sur la bague est rarement exact. Une fois la netteté trouvée, ne touchez plus à la bague.
Deux difficultés propres à une Lune basse
Elles n’apparaissent dans aucun tutoriel générique, et ce sont pourtant elles qui feront la différence le 28 août.
La première est la turbulence atmosphérique. Près de l’horizon, la lumière traverse une épaisseur d’air bien plus grande qu’au zénith. L’image tremble, les contours se brouillent, et aucun objectif n’y peut rien. La parade consiste à multiplier les prises de vue : sur cinquante images, quelques-unes tomberont pendant une accalmie. C’est le principe même de l’astrophotographie planétaire.
La seconde est le contraste avec le ciel de l’aube. Vers 6 h, le fond du ciel n’est plus noir mais bleu profond, et il continue de s’éclaircir de minute en minute. Cela réduit le contraste de la Lune, mais offre en échange une lumière crépusculaire sur le paysage. Un premier plan encore lisible et une Lune éclipsée dans un ciel bleu font une bien meilleure photo qu’un disque isolé sur du noir. Si le ciel prend le dessus, notre article sur la pose longue de nuit donne les repères d’exposition de l’heure bleue.
En résumé, le plan de la matinée
Couchez-vous tôt. Sur place vers 4 h 15, le temps d’installer le trépied et de faire la mise au point sur une Lune encore pleine. Premières images à 4 h 34, à l’entrée dans l’ombre. Puis une série toutes les dix minutes, en réajustant l’exposition à chaque fois, jusqu’à ce que la Lune touche l’horizon ou disparaisse dans la clarté du matin.
Et si le ciel est couvert ce matin-là, rien n’est perdu : ces réglages valent pour n’importe quelle éclipse de Lune, comme pour une simple pleine lune. Le prochain rendez-vous ne se refusera pas.
FAQ
À quelle heure a lieu l’éclipse de Lune du 28 août 2026 ?
En heure française, l’entrée dans la pénombre se produit à 3 h 24, la phase d’ombre visible commence à 4 h 34 et le maximum survient à 6 h 13, avec 93 % du diamètre lunaire assombri. La fin de la phase d’ombre, prévue à 7 h 52, n’est pas observable depuis la France : la Lune est déjà couchée.
L’éclipse est-elle visible depuis toute la France ?
Oui pour le début et le maximum, non pour la fin. Le maximum de 6 h 13 précède le coucher de la Lune partout en métropole, de Strasbourg (6 h 48) à Brest (7 h 39). L’ouest du pays bénéficie toutefois de meilleures conditions, car l’aube y commence plus tard : le ciel reste sombre plus longtemps.
Faut-il un filtre spécial pour photographier une éclipse de Lune ?
Non, et c’est une différence essentielle avec une éclipse de Soleil. Regarder ou photographier la Lune ne présente aucun danger pour les yeux ni pour le capteur, et aucun filtre n’est nécessaire. Les filtres solaires sont réservés aux éclipses de Soleil, où ils sont obligatoires.
Quelle focale utiliser pour photographier une éclipse de Lune ?
Comptez 400 à 600 mm pour un gros plan où le disque remplit une bonne part du cadre, le diamètre apparent de la Lune n’étant que d’un demi-degré. En dessous de 300 mm, mieux vaut assumer une composition paysage, avec un premier plan terrestre qui donne l’échelle. Pour le 28 août, cette seconde approche est la plus adaptée, car la Lune restera basse sur l’horizon.
Peut-on photographier une éclipse de Lune au smartphone ?
Le résultat sera modeste sur un gros plan, faute de focale suffisante. En revanche, une composition large associant un paysage et la Lune fonctionne, à condition de poser le téléphone sur un support stable et de passer en mode manuel ou nuit pour éviter que le traitement automatique ne surexpose le disque lunaire.


