Les techniques avancées
Comment photographier une éclipse de Lune : le guide pratique
Focale, règle f/11, exposition qui change vite, Lune basse sur l'horizon : la méthode complète pour réussir une éclipse de Lune, valable à chaque rendez-vous.

L’essentiel
Une éclipse de Lune se photographie sans filtre, mais pas sans méthode. La règle f/11 donne l’exposition de départ, puis la lumière chute à mesure que l’ombre avance : il faut recorriger toutes les dix minutes. Le choix décisif se fait avant la nuit, entre gros plan au téléobjectif (400 mm et plus) et composition paysage avec un premier plan terrestre. Ce guide détaille le matériel, les réglages et les pièges d’une Lune basse (turbulence, aube qui blanchit le ciel), en s’appuyant sur l’éclipse partielle du 28 août 2026, masquée à 93 % au ras de l’horizon français. La méthode vaut pour les suivantes, jusqu’à l’éclipse totale du 31 décembre 2028.
Au programme6 sections
Ce qui se passe pendant une éclipse de Lune
Une éclipse de Lune se produit quand la Terre s’intercale entre le Soleil et la Lune, et projette son ombre sur elle. Celle du 28 août 2026, prise ici comme exemple, était partielle : la Lune ne s’est pas enfoncée entièrement dans le cône d’ombre. Le catalogue de la NASA lui attribue une magnitude ombrale de 0,930, autrement dit 93 % du diamètre lunaire assombri au maximum, pour une phase partielle de 3 h 18 (NASA, éclipses lunaires 2021-2030).
Chaque éclipse suit le même déroulé en quatre temps ; voici celui du 28 août 2026 en heure française :
| Phase | Heure de Paris | Ce que vous voyez |
|---|---|---|
| Entrée dans la pénombre | 3 h 24 | Presque rien : un très léger grisé |
| Début de la phase d’ombre | 4 h 34 | La morsure devient visible |
| Maximum de l’éclipse | 6 h 13 | 93 % du disque assombri |
| Fin de la phase d’ombre | 7 h 52 | Lune déjà couchée en France |
La dernière ligne est la clé, et c’est un cas de figure fréquent en Europe : la fin de l’éclipse n’était observable nulle part en France métropolitaine, la Lune passant sous l’horizon pendant le phénomène. La fenêtre utile allait donc de 4 h 34 à environ 6 h 30, avec un compromis désagréable : plus on attend, plus l’éclipse est spectaculaire, mais plus la Lune descend et plus le ciel s’éclaircit.
Avant chaque éclipse, commencez donc par ce travail de calendrier : le déroulé des phases (catalogue NASA ou IMCCE), puis l’heure de coucher ou de lever de la Lune chez vous. C’est lui qui décide si vous photographierez une éclipse haute dans un ciel noir ou une Lune rasante dans l’aube.
Vérifiez vos horaires ville par ville
Le coucher de la Lune et le début de l’aube changent nettement d’un bout à l’autre du pays. L’observatoire naval américain publie des éphémérides consultables librement pour n’importe quelle date et n’importe quel lieu. Voici ce que cela donnait le 28 août 2026 :
| Ville | Début de l’aube | Coucher de la Lune | Lever du Soleil |
|---|---|---|---|
| Brest | 6 h 57 | 7 h 39 | 7 h 30 |
| Bordeaux | 6 h 49 | 7 h 28 | 7 h 20 |
| Paris | 6 h 28 | 7 h 10 | 7 h 02 |
| Marseille | 6 h 28 | 7 h 05 | 6 h 58 |
| Lyon | 6 h 25 | 7 h 04 | 6 h 57 |
| Lille | 6 h 21 | 7 h 04 | 6 h 56 |
| Nice | 6 h 20 | 6 h 57 | 6 h 50 |
| Strasbourg | 6 h 07 | 6 h 48 | 6 h 40 |
Ce tableau illustre bien ce qu’il faut y chercher. Le maximum de 6 h 13 tombait avant le coucher de la Lune partout, y compris à Strasbourg : personne ne l’a manqué pour cette raison. Mais l’ouest était nettement avantagé. À Brest, le maximum se produisait encore dans un ciel sombre, l’aube ne commençant qu’à 6 h 57. À Strasbourg, elle avait démarré à 6 h 07, six minutes avant le maximum : la Lune éclipsée y luttait contre un ciel déjà bleu, à trente-cinq minutes de son coucher.
Un conseil qui vaut tous les réglages : repérez votre lieu la veille. Une Lune basse disparaît derrière le moindre immeuble, la moindre colline, la moindre rangée d’arbres. Pour une éclipse au petit matin, il vous faut un horizon ouest parfaitement dégagé ; pour une éclipse au lever de Lune, comme celle du 31 décembre 2028, ce sera l’horizon est.
Le matériel : la focale décide de tout
Deux approches donnent deux photos très différentes, et le choix se fait à la focale.
Pour un gros plan de la Lune, il faut de la longueur. Le disque lunaire ne mesure qu’un demi-degré dans le ciel : en dessous de 300 mm, il reste un petit point dans le cadre. À partir de 400 ou 600 mm, il occupe enfin une place suffisante pour montrer la limite de l’ombre. Si vous possédez un boîtier APS-C, le facteur de recadrage joue en votre faveur. Notre sélection de téléobjectifs animaliers couvre exactement ces focales, qui servent aussi bien pour la faune que pour la Lune.
Pour une composition paysage, c’est l’inverse : un 24-70 mm suffit, et la Lune devient un élément parmi d’autres. C’est l’approche la plus indiquée dès que la Lune est basse, au lever comme au coucher. Un premier plan (clocher, arbre isolé, ligne de crête, silhouette urbaine) donne une échelle et raconte quelque chose, là où un gros plan de Lune ressemble à tous les autres gros plans de Lune.
Le trépied est indispensable dans les deux cas. En longue focale, le moindre tremblement ruine la netteté ; en paysage nocturne, les temps de pose s’allongent. Un modèle stable, si possible lesté par le crochet central, change tout, et nous détaillons les critères dans notre guide des trépieds photo. Ajoutez une télécommande, ou à défaut le retardateur à deux secondes.
Les réglages : l’exposition change vite
Une pleine lune est un objet éclairé en plein soleil. On l’expose donc comme un paysage diurne : un bon point de départ tient dans la règle dite « f/11 lunaire », soit f/11 et une vitesse égale à l’inverse de la sensibilité, soit 1/100 s à 100 ISO. Réglez en mode manuel, jamais en automatique : la grande zone noire du ciel trompe systématiquement la mesure et surexpose la Lune, qui devient un disque blanc sans relief.
Mais dès que l’ombre mord sur le disque, cet équilibre se casse. La partie éclipsée est bien plus sombre que la partie éclairée, et aucune exposition unique ne rend justice aux deux. Trois réflexes s’imposent :
- Photographiez en RAW et exposez pour le croissant resté brillant. Le fichier RAW vous laissera relever la partie sombre au développement.
- Prenez des rafales encadrées en faisant varier la vitesse de plusieurs crans. À mesure que l’éclipse progresse, il faudra ouvrir ou ralentir, parfois de beaucoup.
- Refaites vos mesures toutes les dix minutes. L’ombre progresse en continu et, quand l’éclipse se joue à l’aube ou au crépuscule, le fond de ciel évolue lui aussi, en sens contraire.
Attention à la vitesse en longue focale. La Lune se déplace dans le ciel, et une pose trop longue la transforme en trait flou. À 600 mm, restez sous la seconde ; c’est le même raisonnement que la règle des 500 expliquée dans notre guide pour photographier les étoiles. Si la lumière manque, montez plutôt en sensibilité que d’allonger la pose.
Enfin, faites la mise au point manuellement. Passez en visée écran, zoomez au maximum sur le bord du disque et ajustez jusqu’à ce que les cratères deviennent nets. L’autofocus hésite sur un objet lumineux entouré de noir, et le réglage sur l’infini gravé sur la bague est rarement exact. Une fois la netteté trouvée, ne touchez plus à la bague.
Deux difficultés propres à une Lune basse
Elles n’apparaissent dans aucun tutoriel générique, et ce sont pourtant elles qui font la différence dès que la Lune frôle l’horizon, ce qui était le cas le 28 août 2026.
La première est la turbulence atmosphérique. Près de l’horizon, la lumière traverse une épaisseur d’air bien plus grande qu’au zénith. L’image tremble, les contours se brouillent, et aucun objectif n’y peut rien. La parade consiste à multiplier les prises de vue : sur cinquante images, quelques-unes tomberont pendant une accalmie. C’est le principe même de l’astrophotographie planétaire.
La seconde est le contraste avec le ciel de l’aube. À l’approche du lever du Soleil, le fond du ciel n’est plus noir mais bleu profond, et il continue de s’éclaircir de minute en minute. Cela réduit le contraste de la Lune, mais offre en échange une lumière crépusculaire sur le paysage. Un premier plan encore lisible et une Lune éclipsée dans un ciel bleu font une bien meilleure photo qu’un disque isolé sur du noir. Si le ciel prend le dessus, notre article sur la pose longue de nuit donne les repères d’exposition de l’heure bleue.
En résumé, le plan d’une nuit d’éclipse
Arrivez sur place vingt minutes avant l’entrée dans l’ombre, le temps d’installer le trépied et de faire la mise au point sur une Lune encore pleine. Premières images au début de la phase d’ombre. Puis une série toutes les dix minutes, en réajustant l’exposition à chaque fois, jusqu’à la fin du phénomène, ou jusqu’à ce que la Lune touche l’horizon.
Les prochains rendez-vous sont déjà datés. Le catalogue de la NASA annonce deux éclipses partielles visibles depuis l’Europe en 2028, le 12 janvier (très discrète, 7 % du diamètre) et le 6 juillet (39 %), puis le morceau de choix : une éclipse totale le 31 décembre 2028, que la France observera au lever de Lune. De quoi préparer cette fois une composition sur l’horizon est, avec les réglages ci-dessus déjà rodés sur une simple pleine lune.
FAQ
Quand a lieu la prochaine éclipse de Lune visible en France ?
Selon le catalogue de la NASA, deux éclipses partielles seront visibles depuis l’Europe le 12 janvier 2028 (magnitude très faible, 7 % du diamètre) et le 6 juillet 2028 (39 %). Le grand rendez-vous suivant est l’éclipse totale du 31 décembre 2028, observable depuis la France au lever de Lune.
Comment savoir si une éclipse sera bien visible depuis chez vous ?
Croisez deux informations : les horaires des phases de l’éclipse (catalogue NASA ou IMCCE) et l’heure de lever ou de coucher de la Lune à votre position, consultable sur les éphémérides de l’observatoire naval américain. Lors de la partielle du 28 août 2026, ce croisement montrait que le maximum de 6 h 13 précédait le coucher de la Lune partout en métropole, mais que la fin de l’éclipse n’était visible nulle part.
Faut-il un filtre spécial pour photographier une éclipse de Lune ?
Non, et c’est une différence essentielle avec une éclipse de Soleil. Regarder ou photographier la Lune ne présente aucun danger pour les yeux ni pour le capteur, et aucun filtre n’est nécessaire. Les filtres solaires sont réservés aux éclipses de Soleil, où ils sont obligatoires.
Quelle focale utiliser pour photographier une éclipse de Lune ?
Comptez 400 à 600 mm pour un gros plan où le disque remplit une bonne part du cadre, le diamètre apparent de la Lune n’étant que d’un demi-degré. En dessous de 300 mm, mieux vaut assumer une composition paysage, avec un premier plan terrestre qui donne l’échelle. Quand la Lune reste basse sur l’horizon, comme lors de l’éclipse du 28 août 2026, cette seconde approche est la plus adaptée.
Peut-on photographier une éclipse de Lune au smartphone ?
Le résultat sera modeste sur un gros plan, faute de focale suffisante. En revanche, une composition large associant un paysage et la Lune fonctionne, à condition de poser le téléphone sur un support stable et de passer en mode manuel ou nuit pour éviter que le traitement automatique ne surexpose le disque lunaire.



