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Bicentenaire de la photographie : 200 ans après Niépce, ce que célèbre 2026

Deux siècles après la première photographie de Niépce, la France célèbre le bicentenaire de la photographie. Histoire, dates clés et programme officiel des célébrations.

PAR SÉBASTIENPUBLIÉ MIS À JOUR 2 226 MOTS · 10 MIN

Illustration en collage photographique de l’article « Bicentenaire de la photographie : 200 ans après Niépce, ce que célèbre 2026 »
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Source officielle : Bicentenaire de la Photographie — ministère de la Culture

La plus ancienne photographie conservée

L’image fondatrice s’appelle le « Point de vue du Gras » (en anglais View from the Window at Le Gras). Nicéphore Niépce l’a réalisée depuis une fenêtre de sa propriété du Gras, à Saint-Loup-de-Varennes, en Saône-et-Loire. On y devine les toits et la cour d’une ferme, sous une lumière étrange qui éclaire les bâtiments des deux côtés.

La datation reste discutée. Les institutions françaises et le bicentenaire retiennent 1826 ; une partie des historiens, depuis les travaux de Gernsheim puis de Jean-Louis Marignier, situent plutôt la prise de vue en 1827. La formule prudente est donc « vers 1826-1827 ».

Le procédé employé est l’héliographie, que Niépce met au point vers 1822. La plaque, en étain (16,2 × 20,2 cm), est recouverte de bitume de Judée, un asphalte naturel qui durcit à la lumière. Après une très longue exposition, les zones non insolées sont dissoutes au solvant, révélant l’image. La durée d’exposition est incertaine : on a longtemps avancé environ huit heures, mais les reconstitutions récentes évoquent plusieurs jours.

L’original a disparu des radars pendant des décennies avant d’être retrouvé en 1952 par les historiens Helmut et Alison Gernsheim. Il est aujourd’hui conservé au Harry Ransom Center de l’université du Texas à Austin, où il est exposé en permanence. Une analyse menée par le Getty Conservation Institute en 2003 a fixé l’image de référence que l’on connaît.

La plaque va quitter Austin. Le ministère de la Culture a annoncé le 3 septembre 2026 un prêt exceptionnel du Harry Ransom Center au musée Nicéphore Niépce de Chalon-sur-Saône, de fin avril à fin juin 2027. L’original du « Point de vue du Gras » y sera présenté dans l’exposition L’empreinte d’Hélios. 1826-1827, Niépce invente la photographie !, à quelques kilomètres de la propriété où Niépce l’a réalisée. Le musée a depuis précisé les dates dans son programme du bicentenaire : l’exposition court du 20 mars au 20 juin 2027 et la plaque y sera visible à partir du 26 avril 2027, « pour la première fois en France depuis 1827 » (page de l’exposition). Le catalogue est dirigé par l’historien Michel Frizot, avec le soutien de la Bibliothèque nationale de France, de la Ville de Chalon-sur-Saône et de l’ambassade de France aux États-Unis.

Niépce, inventeur de l’héliographie

Nicéphore Niépce naît à Chalon-sur-Saône en 1765 et meurt en 1833. Avant le « Point de vue du Gras », il obtient d’autres images. Dès 1822, il copie une gravure du pape Pie VII sur une plaque, mais celle-ci est détruite accidentellement. Vers 1826-1827, il reproduit une gravure du cardinal d’Amboise, l’une des plus anciennes plaques photomécaniques connues.

La nuance compte. Ces deux pièces sont des reproductions de gravures : Niépce y recopie une image existante. Le « Point de vue du Gras » est différent. C’est la première image prise d’après nature, sur le motif, à travers un objectif. C’est ce qui en fait la plus ancienne photographie au sens où nous l’entendons aujourd’hui.

1826, 1839, 1841 : trois dates à ne pas confondre

L’histoire de l’invention ne se résume pas à un seul homme ni à une seule date. Trois jalons structurent les débuts de la photographie.

1826 (Niépce). La plus ancienne photographie d’après nature conservée. Niépce est l’auteur de l’héliographie, mais son procédé reste artisanal et confidentiel.

1839 (Daguerre). Après s’être associé à Niépce en 1829, Louis Daguerre met au point le daguerréotype après la mort de son partenaire. Le procédé est annoncé le 7 janvier 1839 par François Arago devant l’Académie des sciences, puis rendu public le 19 août 1839. C’est souvent cette date que l’on retient comme la naissance « officielle » de la photographie, car la France en fait alors cadeau au monde.

1841 (Talbot). Au Royaume-Uni, William Henry Fox Talbot brevète le calotype, premier procédé négatif-positif sur papier. Il fonde la logique de la photographie argentique moderne : un négatif, des tirages multiples.

Le bicentenaire français choisit de célébrer Niépce et 1826, c’est-à-dire l’acte de naissance de l’image photographique elle-même, avant son industrialisation.

Pourquoi 2026 ?

Le calcul est simple : 1826 plus deux siècles donne 2026. L’anniversaire s’appuie donc sur la datation de 1826 du « Point de vue du Gras ». C’est explicitement la logique du festival La Gacilly, dont l’édition 2026 s’intitule « 1826-2026 : la photographie, une aventure française ».

Comme la date exacte oscille entre 1826 et 1827 selon les sources, le programme officiel parle prudemment d’une photographie qui « fête ses 200 ans » et s’étend d’ailleurs sur deux années, 2026 et 2027, plutôt que sur un jour anniversaire précis.

Le programme officiel « Bicentenaire de la Photographie »

Le ministère de la Culture porte un programme officiel, présenté courant 2025 et soutenu par la ministre Rachida Dati. Il court du 1ᵉʳ septembre 2026 au 30 septembre 2027, soit environ un an, en France métropolitaine, dans les territoires ultramarins et dans une trentaine de pays.

Le dispositif repose sur une labellisation : les structures candidates obtiennent le label « Bicentenaire de la Photographie » pour leurs projets. 182 projets ont été labellisés. Le ministère a aussi ouvert un fonds dédié à l’édition photographique, géré par le Centre national du livre, et lancé une commande nationale baptisée « Réinventer la photographie », dont quinze lauréats ont été désignés.

La période labellisée est ouverte depuis le 1ᵉʳ septembre 2026. Le détail des dates et des lieux est consultable sur le site officiel du bicentenaire, qui publie la programmation complète depuis la rentrée.

Les rendez-vous à ne pas manquer en 2026

Plusieurs grandes institutions s’inscrivent dans le bicentenaire, dès l’été et surtout à partir de la rentrée.

  • Grand Palais : l’exposition-manifeste d’ouverture est attendue à l’automne 2026, en coproduction avec le Centre Pompidou et GrandPalaisRmn. Elle devrait s’intituler « Révélations » et explorer la façon dont la photographie a changé notre regard sur le monde. Un festival de la photographie suivra dans la nef en 2027.
  • Musée d’Orsay et musée du Louvre : des accrochages dédiés, dont un consacré au photographe Youssef Nabil à Orsay.
  • BnF : « Dans le plus simple appareil », deux cents ans de nu photographique.
  • Pavillon Populaire de Montpellier : « Premières fois / Premières photos », du 1ᵉʳ juillet au 1ᵉʳ novembre 2026.
  • Musée Nicéphore Niépce (Chalon-sur-Saône) : plusieurs expositions dans la ville natale de l’inventeur, à commencer par « Niépce, et après ? » du 21 novembre 2026 au 31 janvier 2027, avant l’arrivée de la plaque originale le 26 avril 2027.

Deux rendez-vous de la rentrée s’y rattachent aussi. Le festival Fujikina Paris, du 4 au 6 septembre 2026 au Palais Brongniart, est officiellement labellisé « Bicentenaire de la Photographie ». Le Salon de la Photo, du 8 au 11 octobre à la Grande Halle de la Villette, s’inscrit dans la célébration avec une exposition d’appareils historiques montée avec le musée Nicéphore Niépce.

À ces rendez-vous s’ajoutent deux festivals que nous avons détaillés : le Festival Photo La Gacilly 2026 (1ᵉʳ juin → 4 octobre, sur le thème « 1826-2026 ») et les Rencontres d’Arles 2026 (6 juillet → 4 octobre). À Paris, notre guide des expositions photo de l’été complète le parcours.

Le musée Nicéphore Niépce, gardien de la mémoire

À Chalon-sur-Saône, le musée Nicéphore Niépce est le conservatoire de cette histoire. Ouvert en 1974 et labellisé Musée de France, il abrite l’une des plus riches collections photographiques d’Europe : près de trois millions d’images et plus de dix mille appareils et objets, de la « chambre de la découverte » de Niépce jusqu’au matériel numérique.

Le musée ne se limite pas à Niépce. Il couvre toute l’histoire technique et artistique du médium, ce qui en fait un point de passage logique pour qui veut comprendre d’où vient la photographie pendant cette année anniversaire.

C’est là que le bicentenaire trouvera son point d’orgue. Au printemps 2027, le musée accueillera pendant deux mois l’original du « Point de vue du Gras », prêté par le Harry Ransom Center : du 26 avril au 20 juin 2027, au sein de l’exposition L’empreinte d’Hélios ouverte dès le 20 mars. Sylvain Besson, directeur des collections, pilote le projet. Pour la plaque, ce sera un retour en Saône-et-Loire, deux siècles après la prise de vue.

Le programme du musée, dont le dossier de presse date du début septembre 2026, ne s’arrête pas là. L’exposition Niépce, et après ? De quelques inventions en photographie retrace, du 21 novembre 2026 au 31 janvier 2027, deux siècles d’inventions techniques à partir des collections. Et avec la Conserverie de Metz, le musée lance la collecte nationale « Présents » : apportez une photographie de famille sur laquelle figure une autre photographie, elle est numérisée à la librairie du musée (tous les après-midi et le deuxième week-end du mois, jusqu’à fin janvier 2027) et rejoindra une exposition itinérante dont l’étape finale, à Chalon, clôturera le bicentenaire du 3 juillet 2027 au 23 janvier 2028.

Le musée héritera au passage d’un objet créé pour l’occasion. L’association HiP y fera sceller début 2027 la Malle des bicentenaires, une capsule temporelle remplie de tirages réalisés en 2026 par des photographes francophones, professionnels comme amateurs. Elle restera visible mais fermée dans le Parcours Niépce pendant douze ans, et ne sera rouverte qu’en 2039, pour le bicentenaire du discours d’Arago devant l’Académie des sciences. La collecte est gratuite et court jusqu’au 26 décembre 2026 : c’est la seule façon, cette année, de mettre soi-même une image dans l’histoire du médium plutôt que de se contenter de la regarder.

Foire aux questions

Quelle est la plus ancienne photographie du monde ?

C’est le « Point de vue du Gras » de Nicéphore Niépce, réalisée vers 1826-1827 à Saint-Loup-de-Varennes par le procédé de l’héliographie. C’est la plus ancienne photographie prise d’après nature conservée à ce jour. L’original est au Harry Ransom Center de l’université du Texas à Austin.

Pourquoi le bicentenaire de la photographie est-il en 2026 ?

Parce qu’il se fonde sur la date de 1826 retenue pour la première photographie de Niépce. Certains historiens situent la prise de vue en 1827 : le débat existe, et le programme officiel s’étend prudemment sur 2026 et 2027.

Niépce a-t-il inventé la photographie à lui seul ?

Non. Niépce est l’auteur de la plus ancienne photographie conservée et l’inventeur de l’héliographie. Mais Louis Daguerre (daguerréotype, annoncé en 1839) et William Henry Fox Talbot (calotype, 1841) ont chacun apporté une étape décisive. La photographie est une invention collective et progressive.

Qu’est-ce que le programme officiel du bicentenaire ?

C’est un programme porté par le ministère de la Culture, du 1ᵉʳ septembre 2026 au 30 septembre 2027. Il labellise 182 projets en France et dans une trentaine de pays, avec des expositions majeures (Grand Palais, Centre Pompidou, BnF, Orsay) et une commande nationale, « Réinventer la photographie ».

Où voir des expositions du bicentenaire en 2026 ?

Au Grand Palais, au Centre Pompidou, à la BnF, au musée d’Orsay, au Pavillon Populaire de Montpellier et au musée Nicéphore Niépce de Chalon-sur-Saône, entre autres. Deux festivals sont déjà ouverts : La Gacilly et les Rencontres d’Arles. Le détail figure sur le site officiel du bicentenaire.

Où est conservée la première photographie de Niépce ?

Au Harry Ransom Center de l’université du Texas à Austin, aux États-Unis. La plaque, retrouvée en 1952 par les Gernsheim, y est exposée en permanence depuis l’acquisition de leur collection en 1963. Elle sera prêtée au musée Nicéphore Niépce de Chalon-sur-Saône du 26 avril au 20 juin 2027.

Pour aller plus loin

Pour prolonger la visite, nos guides du Festival Photo La Gacilly 2026 et des Rencontres d’Arles 2026 couvrent les deux temps forts de l’été. Le Prix Niépce 2026, qui porte le nom de l’inventeur, récompense quant à lui la photographie contemporaine.

Et pour mesurer le chemin parcouru en deux siècles, notre panorama de l’intelligence artificielle et la photographie en 2026 montre où en est le médium aujourd’hui, de la plaque d’étain aux images génératives.

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