Aller au contenu

Actualité

GoPro en difficulté : l’entreprise alerte sur sa capacité à poursuivre son activité

GoPro a signalé dans ses comptes un « doute substantiel » sur sa capacité à poursuivre son activité. Ce que dit vraiment cet avertissement, et ce que risquent les acheteurs.

PAR SÉBASTIENPUBLIÉ MIS À JOUR 2 300 MOTS · 10 MIN

Illustration en collage photographique de l’article « GoPro en difficulté : l’entreprise alerte sur sa capacité à poursuivre son activité »
COUVERTURE · COLLAGE16:9 · 1600 × 900

Mise à jour du 22 octobre 2026 : GoPro a déposé le 19 octobre ses comptes corrigés et dit avoir obtenu les dérogations de tous ses créanciers. Le même jour, elle a publié la version préliminaire du document de vote sur la fusion : une assemblée en ligne, à une date encore laissée en blanc, et cinq résolutions. 17 octobre 2026 : GoPro a annoncé le 16 octobre la correction de ses comptes. La perte nette du premier trimestre passe de 80,8 à 76,3 millions de dollars ; le chiffre d’affaires, la marge et la trésorerie ne changent pas. Nous avons aussi mis à jour la situation de l’entreprise depuis l’été : alerte maintenue en août, nouveaux manquements à ses contrats de crédit, accord de fusion en attente du vote des actionnaires. 2 septembre 2026 : une issue se dessine. GoPro a annoncé le 1ᵉʳ septembre un accord de fusion avec Starman Optical, avec un pivot vers l’IA et la défense : ses actionnaires recevraient 285 millions de dollars en numéraire, soit 1,14 $ par action, et garderaient environ 10 % du capital. Les détails dans notre article sur le rachat de GoPro par Starman Optical.

Sources : rapport trimestriel 10-Q de GoPro déposé auprès de la SEC (11 mai 2026) et formulaire 8-K du 1er juin 2026, relayés par PetaPixel ; rapport du deuxième trimestre (10 août 2026), formulaire 8-K de retraitement (16 octobre 2026) et document de vote préliminaire (19 octobre 2026)

« Going concern » : ce que veut dire l’alerte

Le terme fait peur, mais il faut le comprendre précisément. « Substantial doubt about the ability to continue as a going concern » est une formule comptable normalisée. Les dirigeants et les auditeurs sont tenus de l’inscrire dans les comptes dès qu’il existe un doute sérieux sur la capacité de l’entreprise à tenir douze mois sans financement supplémentaire.

Ce n’est pas une faillite, ni une cessation d’activité. Au 22 octobre 2026, GoPro continue de vendre ses caméras et d’assurer son service. L’alerte signale un risque, pas un événement déjà survenu. Dans son rapport, l’entreprise précise que, sans financement additionnel ou opération stratégique, elle « pourrait devoir réduire fortement, restructurer ou cesser ses activités » — au conditionnel, comme un scénario à éviter. Dans son rapport du deuxième trimestre, le 10 août, GoPro ajoute à cette liste un recours à la protection de la loi américaine sur les faillites, tout en précisant qu’aucun projet en ce sens n’a été engagé.

Pourquoi GoPro vacille

Les chiffres du 1er trimestre 2026 (clos au 31 mars) expliquent l’inquiétude. Selon le rapport de l’entreprise :

  • Chiffre d’affaires : 99,1 M$, en baisse d’environ 26 % sur un an.
  • Marge brute : 4,3 %, contre plus de 32 % un an plus tôt. C’est le point le plus alarmant.
  • Perte nette : 76,3 M$ sur le seul trimestre, selon les comptes corrigés déposés le 19 octobre (80,8 M$ annoncés en mai).
  • Trésorerie : 40,7 M$ (27,3 M$ au 30 juin). Les capitaux propres du 31 mars, légèrement négatifs dans les comptes publiés en mai (-1,9 M$), deviennent légèrement positifs après correction (+3,5 M$). Au 30 juin, ils restent nettement négatifs : -29,3 M$ dans les comptes corrigés.

Deux causes principales ressortent. D’abord, une flambée du coût des composants mémoire, que GoPro chiffre entre 80 % et 115 %, sous l’effet de la demande liée à l’intelligence artificielle. Cette hausse a écrasé la marge. Ensuite, GoPro indique avoir enfreint certains engagements (covenants) de ses contrats de crédit au 31 mars, avant d’obtenir une dérogation de son prêteur le 8 mai. L’entreprise anticipait d’autres manquements, et ils sont arrivés : au 30 juin, GoPro ne respectait plus les engagements de ses deux contrats de crédit, avant de nouvelles dérogations le 9 juillet. L’avenant signé ce jour-là sur sa ligne de crédit renouvelable (Wells Fargo) l’oblige à rembourser dans les 180 jours, soit au plus tard le 5 janvier 2027, les 24,4 M$ encore dus.

Le contexte de long terme pèse aussi. Selon PetaPixel, l’action GoPro s’échangeait autour de 1,18 $ début juin, en recul d’environ 89 % sur cinq ans, et la valorisation de l’entreprise est passée d’environ 4 milliards de dollars lors de son introduction en Bourse en 2014 à environ 200 millions début juin.

Mise à jour du 20 septembre 2026. Le cours a repassé la barre qui menaçait la cotation. Le 21 juillet, le Nasdaq avait notifié GoPro que son action ne respectait plus le cours minimal de 1 $ exigé par ses règles de cotation ; le 16 septembre, la Bourse lui a signifié qu’elle était de nouveau en conformité, le titre ayant clôturé au-dessus de 1 $ pendant au moins dix séances consécutives (formulaire 8-K déposé le 17 septembre). Le risque de radiation à court terme s’éloigne donc, sans que cela change le fond du dossier : c’est la fusion avec Starman Optical qui décidera de la suite.

Mise à jour du 17 octobre 2026. Le 16 octobre, GoPro a annoncé la correction de ses comptes de 2025 et des deux premiers trimestres de 2026. En préparant le document de vote sur la fusion avec Starman Optical, elle a relevé des erreurs dans la comptabilisation de bons de souscription et d’obligations convertibles. Le chiffre d’affaires, la marge et la trésorerie ne changent pas, mais la perte nette du premier trimestre passe de 80,8 à 76,3 M$. Ces erreurs valent défaut au regard de ses contrats de crédit et de ses obligations : ce jour-là, GoPro disait avoir obtenu des dérogations, dont une pour son prêt à terme, sans pouvoir garantir les dernières (formulaire 8-K du 16 octobre).

Mise à jour du 22 octobre 2026. Les comptes corrigés sont arrivés le 19 octobre : le rapport annuel 2025 et les rapports des deux premiers trimestres de 2026. Le même jour, GoPro a annoncé avoir obtenu les dérogations de tous ses prêteurs et porteurs d’obligations (communiqué du 19 octobre). D’après le rapport corrigé du deuxième trimestre, elles ont été accordées le 16 octobre, sans frais. La correction réduit la perte de 2025 (92,6 M$ au lieu de 93,5 M$) et celle du premier trimestre. Celle du deuxième trimestre s’alourdit à peine, de 51,0 à 51,2 M$, comme le relève Digital Camera World. Le doute sur la continuité d’activité, lui, reste inscrit dans les comptes.

Ce que l’entreprise compte faire

GoPro ne reste pas passive. Toujours selon son rapport de mai, le conseil d’administration a mandaté des conseils externes pour étudier des alternatives stratégiques, parmi lesquelles :

  • une vente ou une fusion possible de l’entreprise ;
  • un pivot vers la défense et l’aérospatial, pour réutiliser sa technologie d’imagerie sur de nouveaux marchés ;
  • la cession d’actifs non essentiels ;
  • la levée de financements supplémentaires et la négociation de dérogations avec ses prêteurs.

La première piste a abouti. Le 1er septembre 2026, GoPro a signé un accord de fusion avec Starman Optical. Reste le vote des actionnaires. Le document de vote préliminaire, déposé le 19 octobre, prévoit une assemblée uniquement en ligne, à une date encore laissée en blanc. Cinq résolutions y figurent : la fusion, l’émission des nouvelles actions et le changement de contrôle qui en découle, un vote consultatif sur les rémunérations des dirigeants liées à l’opération, un regroupement d’actions et un éventuel report de l’assemblée. Le regroupement se ferait à un ratio fixé par le conseil, entre 2 pour 1 et 10 pour 1, d’ici au 31 mars 2027. Aucune autorisation des autorités de la concurrence n’est nécessaire, précise le document. GoPro vise toujours une conclusion d’ici la fin de 2026 : passé le 31 décembre, chacune des deux parties pourra rompre l’accord, sauf prolongation d’un commun accord.

En parallèle, un plan de restructuration annoncé en avril 2026 prévoit une réduction d’environ 23 % des effectifs. Sa mise en œuvre a commencé au deuxième trimestre ; en août, GoPro ne se disait pas en mesure d’en chiffrer le coût restant ni le calendrier des dépenses. L’abonnement GoPro, lui, reste un revenu stable, entre 27 et 29 M$ par trimestre en 2026, un point d’appui pour l’entreprise.

Insta360 et DJI ont changé la donne

GoPro a longtemps régné sur la caméra d’action. Ce n’est plus le cas. Selon plusieurs médias spécialisés, Insta360 et DJI ont capté une part de marché importante, sur l’action cam comme sur la caméra 360.

Nous suivons cette bascule depuis des mois : notre dossier sur le duel Insta360 contre GoPro et notre comparatif des caméras de poche Insta360 Luna et DJI Osmo Pocket 4P montrent à quel point la concurrence chinoise pousse fort, avec des produits modulaires et une cadence d’innovation soutenue. La hausse du coût des composants a fait le reste.

Ce que ça change (ou pas) pour vous

Pas de panique. Tant que GoPro est en activité, la garantie de votre caméra, le service après-vente et l’abonnement fonctionnent normalement. Au 22 octobre 2026, aucun document déposé par GoPro auprès de la SEC, document de vote compris, n’annonce de changement sur ces points. En présentant sa fusion avec Starman Optical, l’entreprise s’est engagée à continuer de prendre en charge ses produits grand public, son abonnement et son cloud.

Le risque évoqué reste hypothétique. Il ne se matérialiserait qu’en cas de cessation d’activité, ou si la fusion venait à modifier l’écosystème, ce que GoPro écarte dans l’annonce de l’accord. Si vous envisagez un achat aujourd’hui, la situation invite simplement à la prudence : regardez aussi les alternatives Insta360 et DJI, comparez les écosystèmes et les services associés, et tenez compte de la pérennité du fabricant comme d’un critère parmi d’autres.

Foire aux questions

GoPro est-elle en faillite ?

Non. GoPro a signalé un « doute substantiel » sur sa capacité à poursuivre son activité sur douze mois, ce qui est une mention comptable de précaution, pas un dépôt de bilan. L’alerte a été maintenue dans le rapport du deuxième trimestre, le 10 août. Au 22 octobre 2026, l’entreprise continue de vendre et d’assurer son service, et prépare sa fusion avec Starman Optical.

Qu’est-ce qu’un avertissement « going concern » ?

C’est une mention que les dirigeants et auditeurs doivent inscrire dans les comptes dès qu’il existe un doute sérieux sur la capacité de l’entreprise à tenir douze mois sans financement supplémentaire. Elle signale un risque, pas une cessation d’activité déjà actée.

Pourquoi GoPro perd-elle de l’argent ?

Au 1er trimestre 2026, son chiffre d’affaires a reculé de 26 % à 99,1 M$ et sa marge brute est tombée à 4,3 %. GoPro invoque une concurrence « de plus en plus mondiale » (Insta360 et DJI, selon PetaPixel) et une flambée du coût des composants mémoire (+80 à 115 %) liée à la demande IA, qui a écrasé sa rentabilité.

Ma caméra GoPro est-elle toujours garantie ?

Oui. Tant que l’entreprise est en activité, la garantie, le service après-vente et l’abonnement GoPro fonctionnent normalement. Au 22 octobre 2026, aucun changement n’a été annoncé, et GoPro s’est engagée, en présentant sa fusion avec Starman Optical, à continuer de prendre en charge ses produits et son abonnement.

Que compte faire GoPro pour s’en sortir ?

GoPro a signé le 1er septembre 2026 un accord de fusion avec Starman Optical, qui doit encore être approuvé par ses actionnaires lors d’une assemblée en ligne dont la date reste à fixer, avec un pivot vers l’IA, la défense et l’aérospatial. Elle applique aussi une réduction d’environ 23 % de ses effectifs, annoncée en avril 2026.

Faut-il éviter d’acheter une GoPro maintenant ?

Pas nécessairement, mais la prudence s’impose. Comparez avec les alternatives Insta360 et DJI, regardez les écosystèmes et les services, et intégrez la pérennité du fabricant comme un critère parmi d’autres. Le risque reste à ce stade hypothétique.

Pour aller plus loin

Pour situer GoPro face à ses concurrents, voir notre dossier Insta360 contre GoPro et nos précédentes informations sur les teasers GoPro de 2026. Sur la dynamique du marché créateur, notre bilan du NAB 2026 éclaire la montée en puissance des marques chinoises.

La newsletter

Le déclic photo.

Une idée de photo, un exercice à faire dans la journée. Le rendez-vous est le dimanche matin.

Gratuit. Plus de 5 800 photographes la reçoivent déjà.