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Getty Images en Chapter 11 : ce qui change pour les contributeurs

Getty Images s’est placé sous Chapter 11 le 21 octobre. Le plan prévoit de payer en totalité les contributeurs iStock et Getty. Ce qui change, ce qu’il faut surveiller.

PAR SÉBASTIENPUBLIÉ MIS À JOUR 1 720 MOTS · 7 MIN

Collage de photos en noir et blanc, dossier et étiquettes redevances, contrats et paiements : les contributeurs photo face au Chapter 11 de Getty Images
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Dépôt du 21 octobre 2026 au tribunal des faillites du Delaware : rapport 8-K transmis à la SEC et site officiel de la procédure

Le dépôt était attendu depuis l’accord de restructuration annoncé le 12 octobre. Getty avait lui-même fait état d’un « doute substantiel » sur sa capacité à poursuivre son activité. C’est le même avertissement que l’alerte going concern lancée par GoPro avant l’annonce de son rachat. La sortie choisie diffère : GoPro a trouvé un acheteur, Getty passe par le tribunal pour alléger sa dette.

Qu’est-ce qu’un Chapter 11 « prepackaged » ?

Le Chapter 11 est un chapitre de la loi américaine sur les faillites. On le traduit souvent par « faillite », mais il sert à réorganiser une entreprise qui continue de fonctionner, sous le contrôle d’un juge. La liquidation relève d’un autre chapitre, le 7.

« Prepackaged » veut dire que le plan est bouclé avant le dépôt. Getty a signé le 12 octobre un accord avec ses actionnaires majoritaires et ses prêteurs, puis lancé le vote le 20 octobre, la veille du dépôt. Le juge doit ensuite examiner ce plan et le confirmer, ce qui va bien plus vite qu’une négociation menée devant le tribunal.

Seules la société mère et six filiales américaines sont concernées. D’après le document d’information remis aux créanciers, aucune des sociétés étrangères du groupe n’est dans la procédure, y compris en France, au Royaume-Uni, en Irlande et au Canada.

Vos redevances iStock et Getty seront-elles payées ?

Oui, d’après le plan. Les créances ordinaires, celles des fournisseurs et des contributeurs, forment la « classe 6 ». Le plan prévoit de les payer en totalité ou de les laisser intactes. Le document cite nommément les contributeurs. Il chiffre à environ 105 millions de dollars les sommes dues aux fournisseurs, aux contributeurs et aux autres partenaires courants.

Les redevances pèsent lourd dans les comptes. Selon le même document, les contributeurs touchent en général 20 à 50 % du prix de la licence, selon le mode de vente. Le groupe diffuse les images de plus de 600 000 contributeurs, dont plus de 84 000 exclusifs.

Le jour du dépôt, Getty a demandé au juge le droit de continuer à payer normalement salariés, fournisseurs et contributeurs, indique le 8-K. Ce sont les requêtes dites « du premier jour ». Le juge devait les examiner le jeudi 22 octobre à 15 h, heure de New York (21 h à Paris), selon le site de la procédure.

Getty a aussi écrit aux contributeurs le 21 octobre, dans une lettre publiée sur ce même site. Les redevances du mois devraient être versées au plus tard le 30 octobre 2026. La lettre affirme que ni les taux de redevance ni les conditions des contrats ne changent. Elle prévient qu’un avis légal arrivera du cabinet Kroll, qui gère les notifications de la procédure, et qu’aucune démarche n’est demandée.

Et si vous publiez sur Unsplash ?

Unsplash appartient au groupe, comme iStock. Pour la plupart des photographes qui y publient, rien n’est en jeu : les images y sont offertes gratuitement. Les contributeurs de l’offre payante Unsplash+ reçoivent un montant fixe par image retenue, sans redevances ensuite, selon le centre d’aide d’Unsplash. Le document d’information ne dit rien de particulier sur eux, et la lettre du 21 octobre est signée « Getty Images | iStock ».

Qui perd dans cette restructuration ?

Les actionnaires. Toutes les actions seront annulées sans contrepartie, y compris celles des actionnaires majoritaires, précise le 8-K. Le document d’information en recense environ 421 millions. Le titre a été radié de la Bourse de New York le 12 octobre. Sur le marché hors cote, il valait 0,02 dollar à la clôture du 20 octobre.

Les créances encore en litige des anciens porteurs de bons de souscription, à l’origine d’une partie des ennuis du groupe, sont annulées sans paiement. Les porteurs d’obligations non garanties, soit environ 270 millions de dollars, recevront 170 millions en espèces. La plupart des prêteurs garantis voient leurs créances converties en nouvelles dettes, à montant égal.

La famille Getty et Koch Equity Development, la branche d’investissement du groupe américain Koch, apportent jusqu’à 533 millions de dollars. Elles deviendront propriétaires d’une entreprise qui ne sera plus cotée. Dans le projet de rachat de GoPro par Starman Optical, encore soumis au vote des actionnaires, ceux-ci garderaient environ 10 % du nouvel ensemble. Chez Getty, ils repartent sans rien.

Pourquoi Getty en est-il arrivé là ?

Getty ne met pas en cause son activité. Le document remis aux créanciers parle d’événements « non opérationnels », et il en cite trois.

Le premier est un litige avec d’anciens porteurs de bons de souscription. Ils reprochaient à Getty de les avoir empêchés d’exercer leurs bons lors de l’arrivée en Bourse de 2022. Un premier jugement leur a donné raison en octobre 2023, et les condamnations dépassent aujourd’hui 200 millions de dollars, intérêts compris.

Vient ensuite la fusion avec Shutterstock, signée le 6 janvier 2025. L’autorité britannique de la concurrence (CMA) l’a bloquée : son rapport final du 15 mai 2026 exigeait la revente de toute l’activité d’actualité de Shutterstock. Getty a renoncé le 30 juin et résilié l’accord le 7 juillet, après plus de 100 millions de dollars de frais.

Reste la dette, conçue comme un pont vers la fusion. Elle coûte environ 239 millions de dollars par an en intérêts et en remboursements, une charge que Getty ne peut pas tenir seul.

Quel est le calendrier ?

  • 20 octobre : ouverture du vote des prêteurs et des obligataires. Les contributeurs ne votent pas : leur classe n’est pas touchée et elle est réputée accepter le plan.
  • 22 octobre : audience sur les requêtes du premier jour.
  • 23 novembre : date limite proposée pour le supplément au plan, où figurera la liste des contrats que Getty compte rejeter, s’il y en a.
  • 30 novembre, 17 h à New York (23 h à Paris) : fin du vote et des objections.
  • 14 décembre : audience de confirmation proposée par Getty, que le tribunal n’a pas encore fixée.

L’accord de restructuration impose une confirmation au plus tard 55 jours après le dépôt, soit le 15 décembre. L’entrée en vigueur doit suivre dans les 75 jours, soit le 4 janvier 2027, avec un report de 30 jours possible sous conditions. Getty vise, lui, une sortie d’ici la fin de l’année.

Que surveiller si vous êtes contributeur ?

Getty répète que rien ne change pour vous, et le plan dit la même chose. Mais un plan déposé n’est pas encore un plan confirmé. Le vrai test, ce sera le virement du 30 octobre. En attendant, quelques réflexes simples, qui ne remplacent pas l’avis d’un avocat :

  • Vérifiez le versement du 30 octobre, puis les suivants. Un retard serait le premier signal à prendre au sérieux.
  • Téléchargez vos relevés de redevances et l’historique de vos paiements, et faites une capture datée de votre solde. C’est le premier conseil de Thomas Maddrey, qui dirige l’American Society of Media Photographers (ASMP), dans une tribune publiée le 12 octobre par PetaPixel et reprise sur le site de l’ASMP.
  • Repérez la société Getty nommée dans votre contrat et comparez-la à la liste des sociétés en procédure. Selon la même tribune, votre pays de résidence ne suffit pas à dire si votre créance est concernée.
  • Gardez l’avis de Kroll quand il arrive, avec sa date, même si Getty dit qu’aucune démarche n’est requise.
  • Consultez le supplément au plan du 23 novembre. Par défaut, le plan reprend tous les contrats en cours : un contrat de contributeur écarté apparaîtrait dans cette liste, ou dans une requête distincte.
  • Ne rompez pas une exclusivité et ne révoquez pas les licences accordées sur la foi de ces annonces : votre contrat s’applique toujours. Relisez ses clauses de paiement, d’exclusivité et de résiliation. Un contrat d’image se lit ligne à ligne, la fronde des photographes freelances du Wall Street Journal l’a rappelé cet été.
  • Gardez vos originaux chez vous, hors des serveurs de l’agence, avec une sauvegarde selon la règle 3-2-1.

Sur le papier, un contributeur iStock ou Getty continue d’être payé et garde son contrat. Ce sont les actionnaires qui paient la note. Les deux dates à retenir sont le versement du 30 octobre et la confirmation du plan, prévue mi-décembre si le tribunal suit le calendrier proposé. Nous mettrons cet article à jour après cette audience.

FAQ

Getty Images est-il en faillite ?

Pas au sens d’une liquidation. Getty Images s’est placé le 21 octobre 2026 sous le Chapter 11, une procédure américaine de réorganisation. L’activité continue. Le plan négocié à l’avance doit réduire la dette et faire de Getty une société non cotée, détenue par la famille Getty et Koch Equity Development.

Les contributeurs iStock vont-ils perdre de l’argent ?

Le plan prévoit l’inverse : les créances ordinaires, dont celles des contributeurs, sont payées en totalité ou laissées intactes. Getty annonce les redevances du mois au plus tard le 30 octobre 2026. Le tribunal doit encore confirmer le plan.

Les contributeurs doivent-ils voter ?

Non. Leur classe de créances n’est pas touchée, elle est donc réputée accepter le plan. Dans sa lettre du 21 octobre, Getty précise qu’aucune démarche n’est requise à réception de l’avis de Kroll.

Quand Getty sortira-t-il du Chapter 11 ?

Getty vise la fin de l’année 2026. Le vote se termine le 30 novembre et Getty propose une audience de confirmation le 14 décembre. L’accord de restructuration fixe l’entrée en vigueur au plus tard au 4 janvier 2027, avec un report de 30 jours possible sous conditions.

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